Le plus gros tourna la tête, dit enanglais :

— Réponds-lui que ça ne leregarde pas !

Maigret feignit de n’avoir pascompris et, sans rien ajouter, tira de son portefeuille la photographie ducadavre, la posa sur la toile cirée brune de la table.

Les mariniers, assis ou deboutdevant le comptoir, suivaient la scène des yeux.

Le yachtman bougea à peine la têtepour regarder le portrait. Puis il examina Maigret, soupira :

— Police ?

Il avait un fort accent anglais, unevoix fatiguée.

— Police Judiciaire ! Uncrime a été commis ici la nuit dernière. La victime n’a pas encore pu êtreidentifiée.

— Où elle est ? questionnal’autre en se levant et en désignant le portrait.

— A la morgue d’Epernay. Vousla connaissez ?

La face de l’Anglais étaitimpénétrable. Maigret remarqua pourtant que son cou énorme, apoplectique, étaitdevenu violacé.

Il prit sa casquette blanche qu’ilposa sur son crâne dégarni, grommela d’abord en anglais en se tournant vers soncompagnon :

— Encore des complications !

Puis enfin, indifférent àl’attention des mariniers, il déclara en tirant une bouffée de sacigarette :

— C’est mon femme !

On entendit plus nettement lecrépitement de la pluie sur les vitres et même le grincement des manivelles del’écluse. Le silence dura quelques secondes, absolu, comme si toute vie eût étésuspendue.

— Vous paierez, Willy…

L’Anglais jeta son ciré sur sesépaules, sans passer les manches, grogna à l’adresse de Maigret :

— Venez dans le bateau…

Le matelot qu’il avait appelé Vladimiracheva d’abord la bouteille de champagne, puis s’en fut comme il était venu, encompagnie de Willy.

La première chose que vit lecommissaire en arrivant à bord fut une femme en peignoir, pieds nus, cheveuxdéfaits, qui sommeillait sur une couchette de velours grenat.

L’Anglais lui toucha l’épaule et,avec le même flegme que précédemment, sur un ton exempt de galanterie,commanda :



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