Les mariniers les regardaient sansque les nouveaux venus manifestassent la moindre gêne. Au contraire ! Cegenre de décor semblait leur être familier.

L’un d’eux était grand, gros,grisonnant, avec un teint brique et des yeux saillants, au regard glauque quiglissait sur les gens et les choses comme sans les voir.

Il se renversa sur sa chaise depaille, attira une seconde chaise sous ses pieds, fit claquer ses doigts pourappeler le patron.

Son compagnon, qui devait avoirvingt-cinq ans, lui parlait anglais avec une nonchalance qui sentait lesnobisme.

Ce fut lui qui demanda sansaccent :

— Vous avez du champagnenaturel ?… Non mousseux ?…

— J’en ai…

— Apportez-en une bouteille…

Ils fumaient des cigarettes à boutde carton importées de Turquie.

La conversation des mariniers, uninstant suspendue, reprenait progressivement.

Un peu après que le patron eut servile vin, le matelot entra, en pantalon blanc, lui aussi, et en jersey de marin àrayures bleues.

— Ici, Vladimir…

Le plus gros bâillait, exprimait unennui compact. Il vida son verre avec une moue qui n’était qu’à demisatisfaite.

— Une bouteille !souffla-t-il à l’adresse du plus jeune.

Et celui-ci répéta plus haut, commes’il eût été habitué à transmettre ainsi les ordres :

— Une bouteille !… Dumême !…

Maigret sortit de son coin, où ilétait attablé devant une canette de bière.

— Pardon, messieurs… Puis-je mepermettre de vous poser une question ?…

L’aîné désigna son compagnon d’ungeste qui signifiait :

« Adressez-vous àlui ! »

Il ne montrait ni surprise, niintérêt. Le matelot se versait à boire, coupait le bout d’un cigare.

— Vous arrivez par laMarne ?

— Par la Marne, bien entendu…

— Vous étiez amarré loin d’icila nuit dernière ?



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