
— Qu’est-ce que cette femme estvenue faire ici ?
Dans une écurie, avec ses perles auxoreilles, son bracelet de style, ses souliers de daim blanc !
Elle avait dû arriver vivante,puisque le crime s’était commis après dix heures du soir.
Mais comment ? Mais pourquoi ?Et personne n’avait rien entendu ! Elle n’avait pas crié ! Les deuxcharretiers ne s’étaient pas réveillés !
Sans le fouet perdu, on n’auraitsans doute découvert le cadavre que quinze jours ou un mois plus tard, parhasard, en remuant la paille !
Et d’autres charretiers seraientvenus ronfler à côté de ce corps de femme !
Malgré la pluie froide, il y avaittoujours dans l’atmosphère quelque chose de pesant, d’implacable. Et le rythmede vie était lent.
Des pieds chaussés de bottes ou desabots se traînaient sur les murs de l’écluse ou le long du chemin de halage.Des chevaux tout mouillés attendaient la fin de la bassinée pour repartir ens’étirant dans un effort progressif, arc boutés sur leurs pattes de derrière.
Et le soir allait tomber, comme la veille.Déjà les péniches montantes ne poursuivaient plus leur route, mais s’amarraientpour la nuit, tandis que les mariniers engourdis s’avançaient par groupes versle café.
Maigret alla jeter un coup d’œil àla chambre qu’on venait de lui préparer, à côté de celle du patron. Il y restaune dizaine de minutes, changea de chaussures et nettoya sa pipe.
Au moment où il redescendait, unyacht que conduisait un matelot en ciré longeait la rive au ralenti, battait enarrière et s’arrêtait sans heurt entre deux bittes.
Le matelot effectua seul toutes cesmanœuvres. Deux hommes sortirent un peu plus tard de la cabine, regardèrent autourd’eux avec ennui et finirent par se diriger vers le Café de la Marine.
Ils avaient endossé des cirés, euxaussi. Mais, quand ils les retirèrent, ils se trouvèrent en chemise de flanelleouverte sur la poitrine et un pantalon blanc.
