Malgré lui, il regardait tout,pensait à tout à la fois, si bien qu’il avait la tête pleine d’unbouillonnement d’idées informes.

Il n’était pas tant indigné que gênédevant cet homme qui, au Café de la Marine, avait jeté un coup d’œil auportrait et avait déclaré sans un tressaillement : « C’est mon femme… »

Il revoyait l’inconnue en peignoirquestionnant : « Mary ?… »

Et maintenant Willy Marco sebalançait sans arrêt, la cigarette aux lèvres, tandis que le colonels’inquiétait des accumulateurs !

Dans l’atmosphère neutre de sonbureau, le commissaire eût sans doute mené à bien un interrogatoire ordonné.Ici, il commença par retirer son manteau sans y être invité, reprit le portraitqui était sinistre, comme toutes les photographies de cadavres.

— Vous habitez la France ?

— La France, l’Angleterre…Quelquefois l’Italie… Toujours avec mon bateau, le Southern Cross

— Vous venez de… ?

— Paris ! répliqua Willy àqui le colonel avait fait signe de parler. Nous y sommes restés une quinzainede jours, après avoir passé un mois à Londres…

— Vous viviez à bord ?

— Non ! Le bateau était àAuteuil. Nous sommes descendus à l’Hôtel Raspail, à Montparnasse…

— Le colonel, sa femme, lapersonne que j’ai vue tout à l’heure et vous ?

— Oui ! Cette dame est laveuve d’un député chilien, Mme Negretti.

Sir Lampson poussa un soupird’impatience, employa à nouveau l’anglais :

— Expliquez vite, sinon il estencore ici demain matin…

Maigret ne sourcilla pas. Seulement,dès lors, il posa ses questions avec un rien de brutalité.

— Mme Negretti n’est pas votreparente ? demanda-t-il à Willy.

— Pas du tout…

— Elle vous est donc tout àfait étrangère, à vous et au colonel… Voulez-vous me dire comment sontaménagées les cabines ?

Sir Lampson avala une gorgée dewhisky, toussa, alluma une cigarette.

— A l’avant, il y a le posted’équipage, où couche Vladimir. C’est un ancien aspirant de la marine russe… Ila fait partie de la flotte Wrangel…



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