
— Joseph !… criait unevoix de femme. Ramène ton frère !… Tu vas être rossé !…
— Southern Cross… lut lechauffeur sur la proue. C’est des Anglais ?…
Maigret traversa la passerelle,frappa. Willy qui était prêt, élégant dans un complet sombre, ouvrit la porteet on aperçut le colonel congestionné, sans veston, à qui Gloria Negrettifaisait la cravate.
La cabine sentait l’eau de Cologneet la brillantine.
— L’auto est arrivée ?questionna Willy. Elle est ici ?
— Au pont, à deux kilomètres…
Maigret resta dehors. Il entenditvaguement le colonel et le jeune homme qui discutaient en anglais. Enfin Willyvint dire :
— Il ne veut pas patauger dansla boue… Vladimir va mettre le youyou à l’eau… Nous vous rejoindrons là-bas…
— Hum !… Hum !…grogna le chauffeur qui avait entendu.
Dix minutes plus tard, Maigret etlui faisaient les cent pas sur le pont de pierre, près de la voiture dont lesphares étaient en veilleuse. Il s’écoula près d’une demi-heure avant qu’on entendîtle bourdonnement d’un petit moteur à deux temps.
Enfin la voix de Willy cria :
— C’est ici ?…Commissaire !…
— Ici, oui !
Le canot à moteur amovible décrivitun cercle, aborda. Vladimir aida le colonel à mettre pied à terre, prit rendez-vouspour le retour.
Dans la voiture, sir Lampson neprononça pas un mot. Malgré sa corpulence, il était d’une élégance remarquable.Haut en couleur, très soigné, flegmatique, c’était bien le gentleman anglaistel que le représentent les gravures du siècle dernier.
Willy Marco fumait cigarette surcigarette.
— Quelle bagnole !soupira-t-il comme on sursautait à un caniveau.
Maigret remarqua qu’il avait audoigt une chevalière en platine ornée d’un gros diamant jaune.
Lorsqu’on pénétra dans la ville auxpavés luisants de pluie, le chauffeur souleva la glace, questionna :
— A quelle adresse dois-je…
