
— A la morgue ! répliquale commissaire.
Ce fut bref. Le colonel desserra àpeine les dents. Il n’y avait qu’un gardien dans le local où trois corpsétaient étendus sur les dalles.
Toutes les portes étaient déjàfermées à clef. On entendit les serrures qui grinçaient. Il fallut faire de lalumière.
Ce fut Maigret qui souleva le drap.
— Yes !
Willy était plus ému, plus impatientd’échapper au spectacle.
— Vous la reconnaissez aussi ?
— C’est bien elle… Comme elleest…
Il n’acheva pas. Il pâlissait à vued’œil. Ses lèvres devenaient sèches. Sans doute, si le commissaire ne l’eutentraîné dehors, se fût-il trouvé mal.
— Vous ne savez pas qui afait ?… articula le colonel.
Peut-être aurait-on pu relever dansle son de sa voix un trouble à peine perceptible. Mais n’était-ce pas l’effetdes nombreux verres de whisky ?
Maigret, quand même, nota ce petitdécalage.
Ils se retrouvaient sur un trottoirmal éclairé par un réverbère, en face de l’auto dont le chauffeur n’avait pasquitté le siège.
— Vous dînez, n’est-cepas ? fit encore sir Lampson sans même se tourner vers Maigret.
— Merci… Je vais profiter de ceque je suis ici pour effectuer quelques démarches…
Le colonel s’inclina sans insister.
— Venez, Willy…
Maigret resta un moment sur le seuilde la morgue, tandis que le jeune homme, après avoir conféré avec l’Anglais, sepenchait vers le chauffeur.
Il était question de savoir quelétait le meilleur restaurant de la ville. Des gens passaient, ainsi que destramways éclairés et sonnaillants.
A quelques kilomètres s’étirait lecanal et tout le long, près des écluses, des péniches qui dormaient s’eniraient à quatre heures du matin, dans une odeur de café chaud et d’écurie.
III
Le collier de Mary
Quand Maigret se coucha, dans lachambre dont l’odeur caractéristique ne fut pas sans l’incommoder, il secomplut longtemps à rapprocher deux images.
